Michel Etschebest, CEO of AK, in a press article.

Michel Etchebest's name (CEO of AK) appearing in a newspaper article about a police enquiry in a possible unlawful business liquidation.


Article published in the French newspaper Sud-Ouest.

Publié le 14/10/2014 à 06h00, modifié le 14/10/2014 à 09h31 par Emmanuelle Fère.

Bayonne: BHR, reprise à risques. Les repreneurs de BHR Hélitechnica sont sur les rangs. Mais le dossier devient judiciaire.

Etchebest Enquete Penal

Photo: Les locaux de la Technocité sont vacants. Au passif, notamment : 230 000 euros de loyer impayés à l'Agglomération Côte basque Adour, porteuse de la zone d'activité. © Photo Bertrand Lapègue

Jeudi 10 juillet, les sociétés Hélitechnica et BHR Hélicoptères sont placées en liquidation judiciaire. Le 19 août, des repreneurs potentiels de ces entités ayant développé, à Biarritz puis à Bayonne, deux modèles d'hélicoptères ultralégers, se manifestent auprès de Me Dominique Guérin, mandataire judiciaire. Le 28 août, les deux principaux candidats en lice présentent leur projet devant le tribunal de commerce de Bayonne. Ceux-ci ont été examinés jeudi dernier en audience. Mais le dossier BHR Hélitechnica prend un tour judiciaire. Une enquête a été ouverte.

1-Les projets des deux candidats étudiés:

Les deux principaux projets restant en lice sont ceux de Jacques Barillot-Creuzet (1), ancien PDG de l'entreprise familiale marmandaise Creuzet Aéronautique. Le septuagénaire a proposé près de 400 000 euros pour la reprise des sociétés fondées par Pascal Bernuchon. Cet homme d'expérience, et de réseaux, serait en revanche moins disant quant au nombre de salariés repris. Ce projet compte parmi ses actionnaires, à hauteur de 10 %, Michel Etchebest, maire de Mauléon et président du groupe aéronautique local AK.
L'autre projet est défendu par l'homme d'affaires Jean-Laurent Carrazé, ayant parmi ses soutiens Jean-Charles Corbet, ex-dirigeant d'Air Lib, et pour partenaire la société Lisa Airplanes, concepteur de l'avion ultraléger motorisé Akoya.
Ces candidats ont proposé une offre de 30 000 euros et la réduction du passif par abandon de créance. Cette dernière option a été refusée par Me Guérin. Les candidats ont donc revu leur copie. Leur projet serait en revanche mieux disant sur le nombre de salariés repris.
Jeudi 9 octobre, une audience du tribunal de commerce s'est tenue sur la reprise de BHR Hélitechnica. La date du délibéré n'a pas été communiquée. « Il pourrait être rendu en fin de semaine », indique le candidat Jean-Charles Corbet, qui déplore l'absence de convocation des candidats en chambre du conseil.
Le juge-commissaire du tribunal de commerce de Bayonne peut désormais céder les actifs de BHR Hélitechnica à l'un ou l'autre projet de reprise, ou les mettre aux enchères à la barre du tribunal de commerce. Le fruit de la vente des actifs sera ensuite réparti entre les créanciers, les fournisseurs étant prioritaires. Sur la demande de liquidation judiciaire, Michel Barrault, président de BHR Hélicoptères avait déclaré un passif de 2,2 M€ et un actif de 1,4 M€. Mais l'avenir de BHR Hélitechnica ne sera pas seulement commercial, mais aussi pénal. Des plaintes ont été déposées et, selon Samuel Vuelta Simon, procureur de la République de Bayonne, une enquête est menée par la police judiciaire.

2-Des clients du Mustang lésés:

BHR Hélitechnica, implantée sur la Technocité de Bayonne, a vendu six hélicoptères ultralégers du modèle Mustang, un appareil en matériaux composites, pesant 450 kilos, et propulsé par un moteur de moto Rotax, d'origine autrichienne (1).
Les six passionnés d'aéronautique ont passé commande en juin 2013 et versé un acompte de plusieurs dizaines de milliers d'euros sans être livrés de leur machine en septembre comme prévu. La Direction générale de l'Aviation civile (DGAC), qui avait accordé au Mustang une « homologation sous condition pour le Mustang », selon Pascal Bernuchon, ex-PDG, aurait suspendu toutes les autorisations depuis la liquidation judiciaire de juillet.
Jean-Claude Le Bloas fait partie de ces clients lésés. Mais il ne jette pas la pierre à Pascal Bernuchon, dirigeant mis en minorité par les actionnaires français et espagnols, débarqué en février 2014. « Tant qu'il a été là, les hélicoptères avançaient. Je recevais les photos de mon appareil, étape par étape. Le pilote a mis l'appareil d'un autre client en stationnaire devant l'entreprise. » Selon ce particulier, qui a créé un collectif de clients du Mustang, considérés comme des créanciers chirographaires (simples et non privilégiés), la liquidation aurait été « précipitée, alors qu'il y avait 500 000 euros de solde restant ». Aucun client n'a déposé plainte contre Pascal Bernuchon, mais l'un d'entre eux l'a fait contre X, pour « liquidation frauduleuse en bande organisée » (!)

3-Des salariés prêteurs sur fonds propres:

La police judiciaire s'intéresse en outre aux prêts accordés par six salariés de BHR Hélitechnica (dont l'épouse de Pascal Bernuchon, ex-chargée de communication). Chacun ont avancé, sur leurs propres deniers, la somme de 25 000 euros à la société lorsqu'elle était encore dirigée par l'autodidacte concepteur des hélicoptères ultralégers Mustang et Fandango. « La société leur a fait une offre pour entrer au capital. Les actionnaires français et étrangers ont refusé de les avoir au capital. Nous leur avons signé une reconnaissance de dette. Et leur prêt a permis de continuer l'activité », précise Pascal Bernuchon. Une pratique de gestion peu orthodoxe.
Certains des ex-salariés ont déposé plainte. Aujourd'hui, une dizaine est au chômage. Un salarié seulement a retrouvé un emploi. Selon Pascal Bernuchon, les collaborateurs de BHR Hélitechnica étaient bien payés, « entre 2000 et 3500 euros ». L'ex-dirigeant n'évoque pas le montant de ses émoluments, mais précise : « On m'accuse d'avoir pris un gros salaire. Il a été voté par le conseil d'administration. J'ai fait un travail considérable et sans rapport avec le chiffre d'affaires qui arrivait ».
(1) Jacques Barillot Creuzet n'a pas répondu à nos sollicitations. (2) Notre édition du 14 novembre 2012.